Veille technologique · BTS SIO
70 % des données françaises hébergées sur des clouds américains

Institut Montaigne · Mars 2025

Souveraineté numérique en France

Ma veille porte sur la capacité de la France à maîtriser ses données, ses infrastructures et ses logiciels. Un sujet qui me touche directement en tant que développeur — et qui a connu en deux ans une accélération sans précédent, de la première loi contraignante jusqu'au plan de migration Linux le plus ambitieux d'Europe.

Le constat : une dépendance documentée

Pendant des années, la souveraineté numérique était un sujet de conférences. On votait des chartes, on organisait des sommets. Et rien ne changeait vraiment.

Puis le chiffre est tombé. Publié noir sur blanc par l'Institut Montaigne en mars 2025 : 70 % des données françaises stockées sur des serveurs américains. La dépendance n'était plus une impression — elle était mesurée, documentée, incontestable.

La Cour des comptes enfonce le clou en octobre 2025 : certains ministères stockent toujours des données sensibles chez des acteurs extra-européens. L'écart entre la souveraineté affichée et la réalité opérationnelle est encore très large.

Loi SREN · Mai 2024

Le premier texte à imposer des clouds certifiés aux administrations pour leurs données sensibles. Un cadre juridique enfin contraignant — le point de départ de tout ce qui suit.

La réponse : de la loi aux actes

En janvier 2025, 600 dirigeants publics et privés se réunissent à Bercy. Pour la première fois, la souveraineté numérique est traitée comme une urgence stratégique nationale — au même titre que l'énergie ou la défense.

Du côté privé, Sopra Steria lance en décembre 2024 une suite bureautique européenne entièrement open source. La réponse industrielle commence à se structurer.

En janvier 2026, le gouvernement crée l'Observatoire de la souveraineté numérique pour cartographier toutes les dépendances. Comme le dit la ministre : « La souveraineté commence par la lucidité. »

En février 2026, la circulaire Lecornu ancre la souveraineté numérique dans la commande publique : les marchés de l'État doivent désormais en tenir compte.

2,5 millions d'agents publics concernés par la migration Linux

En avril 2026, la DINUM annonce la sortie officielle de Windows au profit de Linux et impose à chaque ministère un plan de migration avant l'automne. C'est l'événement le plus symbolique — et le plan le plus ambitieux jamais lancé en Europe.

Les défis qui restent

Mais la France n'a pas gagné. Elle a franchi un cap symbolique. Pendant que la DINUM annonce la migration Linux, l'Éducation nationale prolonge son contrat Microsoft de 152 millions d'euros jusqu'en 2029. Les actes doivent rattraper les discours.

La ville de Munich avait fait le même chemin — migration Linux, puis marche arrière faute de volonté politique durable. À un an de la présidentielle, le précédent est là.

Et au-delà des systèmes d'exploitation, un nouveau point de dépendance émerge : l'intelligence artificielle. Maîtriser Windows ne changera pas grand-chose si nos modèles sont entraînés sur des serveurs américains. C'est le prochain chantier.

La France seule est trop petite. Le vrai pari : faire du SecNumCloud et du Data Act des standards communs à toute l'Europe pour peser face aux GAFAM et à la Chine.

Chronologie

 Les enjeux futurs

La France a franchi un cap symbolique, mais les défis restent immenses.

La crédibilité, d'abord

L'Éducation nationale a prolongé son contrat Microsoft de 152 M€ jusqu'en 2029. Les mots ne suffisent plus — il faut aligner les actes et les discours.

La continuité politique

À un an de la présidentielle, le précédent de Munich — migration Linux puis marche arrière — rappelle que sans volonté durable, tout peut s'effondrer.

L'IA, le vrai chantier de demain

Maîtriser les systèmes d'exploitation ne suffira pas si nos IA sont entraînées sur des serveurs américains. La couche modèle est le nouveau point de dépendance.

L'Europe, seul horizon crédible

La France seule est trop petite. Le vrai pari : faire du SecNumCloud et du Data Act des standards communs à toute l'Europe pour peser face aux GAFAM et à la Chine.

Pour aller plus loin